lundi, 02 octobre 2006
Vous allez rire...
Je devrais peut-être pas raconter cette anecdote, pour ne pas inquiéter mes pauvres parents, mais je tiens à être honnête sur ce blog et à ne pas raconter que les bons moments.
Depuis que je suis arrivé ici, je ne pense qu'à une chose : cuisiner. Je veux dire, pas cuisiner comme un étudiant, qui fait toujours ce qu'il y a de moins cher et de plus rapide, ni cuisiner comme les cuisiniers de la cafétéria, qui font toujours ce qu'il y a de plus cher et de plus dégueulasse. Je veux dire cuisiner des bons repas, nourrissants et équilibrés. En me débrouillant bien, je pourrais parvenir à cuisiner pour pas cher, seulement deux ou trois fois par semaine, pour le midi et pour le soir, chaque plat pouvant être consommé en plusieurs fois.
Tout à l'heure, je pars donc, ma liste de commissions à la main, chez Sainsbury's. Je ne me laisse pas désarmer par la triste qualité des fruits et des légumes. Avec une grande patience, j'explique à un vendeur ce qu'est de la pâte brisée. Quand j'aperçois le prix des blancs de poulet, je fais comme si de rien n'était et je les jette au fond de mon chariot. C'est à peine si je me permets un grognement, parce qu'au rayon pâtisserie, il y a une centaine de couillonades pour décorer les gâteaux d'anniversaires, mais pas l'ombre d'un sachet de sucre vanillé.
Sauf que voilà, on ne se moque pas du sort impunément. Quand il a décidé d'explorer vos limites, il le fait à fond et en prenant tout son temps. Ce n'est donc qu'après une bonne heure à arpenter des rayons bondés où il n'y a jamais ce qu'on cherche, alors que je me pointe à la caisse avec soulagement, qu'une petite lumière s'allume dans mon cerveau et me dit : "Adrien, avec quoi tu vas payer tout ça ? Tu as pensé à retirer de l'argent ?" Evidemment non. Adrien a pensé à chacun des ingrédients qu'il lui fallait pour sa quiche et ses pancakes, Adrien a même pensé à la Vache Qui Rit, mais Adrien n'a pas pensé une seconde à retirer les 20 malheureux pounds dont il a besoin pour payer tout ça !
Me retenant de hurler des jurons en anglais, en français ou même en patois, j'essaye de garder mon sang-froid et de relativiser : c'est ça, vivre à l'étranger ! Mais il n'est plus question de laisser couler. J'en ai assez de devoir prendre sur moi à chaque fois que je ne trouve pas mon chemin, que je ne comprends pas ou que j'oublie quelque-chose. Je veux bien rester positif, mais il y a des limites. Alors plutôt que de me dire pour la millième fois "C'est pas grave, je vais me débrouiller", je me suis tout simplement dit : "Tant pis, je laisse tomber".
Alors, j'ai fait un truc qui peut paraître idiot quand on est confortablement installé dans une maison qu'on connaît depuis des années, dans une ville qu'on connaît depuis des années, dans un pays qu'on connaît depuis des années, où on a la plupart de ses amis et de sa famille, mais croyez-moi, ça fait du bien à quelqu'un qui doit s'adapter à un pays étranger et qui aimerait souffler de temps en temps. J'ai simplement fait le chemin inverse : j'ai reposé à sa place chacun des produits que j'avais mis dans mon charriot, un à un, jusqu'à ce que celui-ci soit complètement vide. Puis j'ai remis mon manteau, je suis sorti ranger le chariot et je suis reparti. Le plus "marrant" dans l'histoire, c'est qu'il m'a fallu une heure pour remplir mon chariot et seulement cinq minutes pour le vider !
Ce qui est moins marrant, c'est que lorsque je suis arrivé au distributeur de billets, ma banque a refusé de me délivrer le moindre pound, car j'ai dépassé la limite de retrait (je suppose). Je me retrouve donc sans un sou en poche et avec à manger pour encore deux jours seulement. Ca fait bizarre d'écrire ça, c'est plus parlant que le simple mot "autonomie". Heureusement, j'ai encore internet pour engueuler mon banquier et des collocs pour m'avancer quelques pounds ;-)
Note à l'attention de mes dévoués parents : ce genre de mésaventure finit par m'amuser autant que tout le reste. Alors c'est inutile de prendre le premier avion pour Bristol ou de saturer le standard du consulat de France pour me faire rapatrier. Je vais bien, je m'amuse et je mange à ma faim. C'est l'essentiel, non ?
21:15 Publié dans Comment gober les mouches | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : aventures, erasmus, humour

Commentaires
Hé, bé !
Mais non, trois fois non, il faut relativiser : en plus il pourrait pleuvoir !
Ah bon, il pleut déjà ?
Ecrit par : Jean | mardi, 03 octobre 2006
Positive Adrien! Tu as peut etre illuminé la vie des agents de la vidéosurveillance qui doivent serieusement s'embeter derrières leurs ecrans de controle. Et là tout d'un coup, alors qu'ils etaient sur le point d'envisager un suicide collectif, ils voient un petit bonhomme qui part en marche arrière, comme si on rembobinait la bande...
Ecrit par : ELodie | mardi, 03 octobre 2006
En réalité, ce sont les vendeurs qui ont remarqué mon étrange manège. Ils étaient deux ou trois à se lancer des regards interloqués :-D
Ecrit par : Adrien | mardi, 03 octobre 2006
Il y a un jeune dans les rues de Bath, il doit avoir une vingtaine d'années, qui demande l'aumône pour s'acheter quelques spaghettis et une tranche de bacon. Il a les cheveux gras, parce qu'à Sainsburry's il a pris du "conditioner" pour du shampoing, il est sale, parce que ses collocs remettent toujours à plus tard l'achat d'un étendoir à linge, et il empeste l'alcool parce que tout son budget passe en whisky-coca et en codka (coca + vodka).
Heureusement, je ne suis pas cet étrange jeune homme, car aujourd'hui j'ai réussi à retirer 40 pounds et ma banquière m'a rassuré sur le coût d'une transaction avec ma carte Visa.
Ecrit par : Adrien | mardi, 03 octobre 2006
énooorme !
Quand tu me la dit je voulais pa le croire!! Toi Adrien si réfléchi, si mature, pluto économe, ne laissan rien o azar... un peu tete en lair cert mé bon... à SEC ! Mé tu ma rassuré sur ton éta de santé et ton éta mental dc çava... fo tenir le "coût" pi ça pa lair mové les spaghetos bacon ! mélange culturel en + !!
Ecrit par : alex | dimanche, 08 octobre 2006
Ici je dirais que les spaghetti sont LA nourriture internationale. Il y a des soirs où on se retrouve tous (Allemands, Bulgare, Tunisien, Français, etc.) devant nos assiettes de spaghetti, parfois avec de la sauce tomate, le plus souvent sans rien :-D
Ecrit par : Adrien | lundi, 09 octobre 2006
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