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dimanche, 29 octobre 2006

La crise

Ah mes amis ! Quel weekend abominable ! Tout le contraire du weekend précédent (voir Soirée parfaite). Du moins, ça devait commencer comme un weekend parfait, mais une petite erreur de ma part a tout gâché.

 

La semaine dernière, devant le succès resplandissant de la soirée international students du weekend, mon colloc' Stefan, qui a la fête dans le sang, propose de remettre ça à plus grande échelle. Il placarde des invitations dans tout l'étage pour une kitchen party... chez nous !

 

Vendredi, c'est donc le grand ménage dans la cuisine : Stefan récure tous les recoins, range la vaisselle entassée depuis une semaine et passe le balai. De mon côté, j'apporte mon baladeur mp3 et mes enceintes et je prépare de la pâte à beignets que j'espère bien (chut ! c'est une surprise !) faire déguster à tous les invités.

 

Seulement voilà, la cuisson des beignets dure plus longtemps que prévu. Afin de mieux la surveiller, j'ai pris la petite poelle, donc je ne peux faire frire qu'un beignet à la fois. Dans mon dos, Stefan fait les cent pas. "Pourquoi t'as pas pris la grande poelle ? Tu aurais pu les faire cuire d'un coup !" Je le sens frémir à chaque fois qu'une goutte de pâte s'écrase sur le plan de travail qu'il a si scrupuleusement nettoyé. "T'inquiête pas, dis-je, tout sera prêt à temps"

 

Mais en fait, mon légendaire flegme s'effrite un peu plus à chaque soubresaut de la trotteuse de ma montre. Pourquoi c'est aussi long ?! Comme si ce n'était pas suffisant, l'huile d'olive dégage une fumée grisâtre qui tarde à s'échapper par la minuscule fenêtre de notre cuisine. "Je vais fermer la porte, sinon le détecteur de fumée du couloir va se déclencher !", dit Stefan en riant nerveusement.

 

A 20h05, j'ai à peine fini que les invités se présentent à la porte d'entrée. Vite, vite, je nettoie le plan de travail et les plaques de cuisson. Tandis que je les entends discuter dans le couloir avec Stefan et Martin, je fais la vaisselle, je l'essuie et je la range, pour que tout soit impec' ! A 20h10, j'ai terminé. Je pose mon plat de beignets fumants sur la table, je règle le son de la musique et j'attends. 

 

Or c'est étrange, les invités ont cessé de parler. Un petit coup d'oeil dans le couloir : ben ça alors, ils ont disparu ! Pourtant, il ne me semblait pas qu'une partie de cache-cache était au programme ? C'est alors que j'entends l'écho lointain d'éclats de rire. Quelque-part, dans une des autres cuisines de l'étage, des international students discutent dans toutes les langues et boivent à la santé de la mondialisation. Stefan les a emmenés ailleurs. Juste à cause d'un tout petit peu de fumée qui traîne au plafond !

 

Dépité, je reprends mon assiette de beignets, j'attrappe mon baladeur et mes enceintes et je vais déverser tout mon chagrin sur les épaules virtuelles des quelques amis que je trouve sur MSN Messenger. C'est fichu, je ne peux pas me rendre à la kitchen party, toute l'assemblée me fusillerait du regard ! "He's the guy who has made fog in the kitchen!" dirait-on en me montrant du doigt. Je pourrais tenter de protester, de dire que maintenant il n'y a plus de fumée, qu'ils peuvent venir voir par eux-mêmes. Mais qui abandonnerait une kitchen party ne serait-ce que cinq minutes, seulement parce qu'un trouble-fête veut prouver qu'il a raison ?

 

Le lendemain matin, je reste le plus longtemps possible dans mon lit. Si je sors de ma chambre, je vais me faire dévorer tout cru par le regard vengeur de Stefan ! Malheureusement, mon estomac n'a que faire de mes états d'âme et je suis bien obligé de retourner sur les lieux du crime pour me ravitailler. Malgré tous mes efforts pour avoir l'air le plus nonchalant possible, Stefan et Martin ne sont pas dupes. Chacune de mes tentatives de conversation s'échoue lamentablement sur l'écueil acéré de leur mépris.

 

A ce stade de l'histoire, vous pourriez croire que je suis prêt à me jeter à genoux aux pieds de Stefan et à implorer son pardon, dans l'espoir qu'il me parle à nouveau. Que nenni ! Je ne suis pas une fille : "Oh, comme je suis désolé ! C'est ma faute ! Mais non, c'est moi. Me pardonneras-tu un jour ?" J'ai mon honneur. Pis d'abord, je n'avais que 10 minutes de retard dans la cuisson de mes beignets. Et cette fumée, c'était rien du tout, mais Stefan en a fait toute une histoire ! C'est plutôt lui qui devrait me demander pardon, non mais !

 

Seulement voilà, un weekend à se faire la gueule, c'est long. Surtout quand, pour ma part, je n'ai rien à faire pour me changer les idées. Dimanche, Stefan et Martin partent avec des amis faire une virée en voiture. Moi, je n'ai pas d'amis, ni de voiture, et je suis en train de me faire un ennemi. J'en viens donc à la difficile conclusion que je vais devoir demander des excuses. Quelque-chose que je n'ai jamais fait auparavant.

 

Ben oui, autant que je me souvienne, je n'ai jamais demandé pardon. Je veux dire, véritablement demandé un véritable pardon. Parce que recevoir un bisou, sous les injonctions de la maîtresse, d'un camarade à qui on a volé un crayon, je n'appelle pas ça un véritable pardon. S'exclamer "excuse-moi" aussitôt après avoir fait une blague vaseuse sur le physique d'une amie, c'est un pardon à moitié gagné.

 

Demander véritablement pardon, c'est mettre sa fierté de côté et faire passer son amitié (ou du moins sa camaraderie) avant soi. C'est dur... mais pas impossible. Nous sommes dimanche soir, il est 21h30, et je reviens à peine de la chambre de Stefan, que j'ai trouvé en train de ranger ses habits.
- Salut. Hum... J'espère que tu n'es plus fâché à propos de vendredi.
- Disons que ce n'était pas le meilleur moment pour cuisiner.
- Je sais, je croyais que j'aurais fini plus tôt. Je suis désolé.
- C'est pas grave.
- Sûr ?
- Sûr :-)
- Ok, bonne nuit :-)

 

Et voilà, c'était aussi "simple" que ça ! Tous les reproches que je voulais lui envoyer à la figure, tous les reproches que je craignais de recevoir se sont envolés avant même d'avoir été formulés. Ca soulage ! Franchement, quelle bêtise de s'être fait la gueule pour si peu de choses. La vie erasmus ne dure qu'un an, que diable ! On n'a pas de temps à perdre en enfantillages ;-)

Commentaires

Et les beignets, ils sont devenus quoi?

Ecrit par : ELodie | lundi, 30 octobre 2006

Je les ai tous mangés, dans ma chambre, tout en pianotant mes mésaventures à l'ordinateur.

Ecrit par : Adrien | lundi, 30 octobre 2006

Tu as choisi le mauvais pays voilà tout ! Ici en Espagne, tu n'auras jamais droit au mépris pour un friture, jamais ! Bon, si tu aimes le foot c'est autre chose... mais pour une friture...

Ecrit par : Jérémie | lundi, 30 octobre 2006

Hum... le clavier doit être tout gragras :D

Bah la prochaine fois c'est Stephen qui s'occupera de ravitailler les troupes et toi tu surveilleras!

(J'avoue que t'es loooong en cuisine X_X Mangeeeer :P)

Ecrit par : Srrette | lundi, 30 octobre 2006

Moi tu moré fé d beignet aux aubergines, joré rien di et je toré pa fé la tete c sur!! par contre sui dacor avec ta soeur: dison plu diplomatikemen, ke kan c toi ki fé la cuisine, fo ke le dernier repas date pa de 2 jour! loool... mé c telemen bon kon te pardonn tou ! ;-)

Ecrit par : Alex | lundi, 30 octobre 2006

Meuah non ! Je suis pas lent ! Ah celles-là alors ! Non mais je vous jure...

Je m'applique, c'est tout.

Ecrit par : Adrien | mardi, 31 octobre 2006

:D tu peux être lent en t'appliquant 8)

Quand je viendrai, je vous ferai de bons petits gateaux pendant que vous serez à l'école :)

Ecrit par : Srrette | mercredi, 01 novembre 2006

Je ne veux pas mettre de l'huile sur le feu (hi ! hi ! huile.. feu.. beignet...) mais c'est Stefan qui aurait du te demander pardon ! Quoi, c'est lui le lâcheur !

Ecrit par : Maman | vendredi, 03 novembre 2006

Ah ! Enfin une qui me défend ! Evidemment que c'est lui qui aurait dû me demander pardon !

Mais bon, vaut-il mieux faire la gueule à son colloc pendant un an, à cause de malheureux beignets d'aubergine (ratés, en plus), ou se réconcilier le plus tôt possible, même si on sait que c'est laisser passer une injustice ?

Ecrit par : Adrien | vendredi, 03 novembre 2006

Là est la clé des "Relations internationales"...

Ecrit par : Srrette | vendredi, 03 novembre 2006

moi aussi je viens a ta defense, tu as dû passé une sale soirée! ceci dit faut pas en vouloir a des anglais, passer du temps pour faire de la...cuisine (bonne en plus) je suppose que c'est un concept qui les dépasse un peu! c'est juste dommage que ton coloc ne se soit pas dévouer pour s'excuser en premier. vive les joies de la colocation! mais je suis sure que tu vas passer outre tout a et nous raconter de nouvelles super soirées!

Ecrit par : célizette | samedi, 04 novembre 2006

Il n'est pas anglais, il est allemand. Et comme beaucoup d'Allemands, il a horreur des retards :-)

Ecrit par : Adrien | dimanche, 05 novembre 2006

Tu veux que je vienne vous imiter l'accouplement de la mouche?

Ecrit par : Srrette | dimanche, 05 novembre 2006

Mais qu'est-ce que tu racontes ?

Ecrit par : Adrien | dimanche, 05 novembre 2006

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