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samedi, 04 novembre 2006
Le Royaume brûle
Vers 18 heures, heure locale, dans la petite ville de Bath, les premières explosions se font entendre. Elles proviennent de plusieurs quartiers de la ville. D'autres, lointaines, laissent supposer que l'évènement est de grande ampleur. Craignant une guerre civile, je m'installe à côté de mon téléphone et attends patiemment le coup de fil du consulat de France, afin qu'il me communique les instructions à suivre. Mais comme je ne reçois aucun appel, je décide d'accompagner mes collocataires sur le campus, pour découvrir ce qui se trame.
Le bus est surchargé, il semblerait que l'ensemble de la population cherche à fuir le centre ville coûte que coûte. Plus on approche de l'université, plus le trafic se fait dense. Des voitures de police sont stationnées sur le parking et des volontaires vêtus de gilets réflechissants orientent la foule. L'ensemble du campus s'embrase de lumière tandis que la population de Bath s'achemine vers le parc dans le calme et la discipline.

Ne sachant trop ce qui se passe, ni où aller, nous errons sur la Parade puis autour du lac. Il fait un froid terrible, nous avons faim et nous sommes fatigués. Tremblant d'angoisse, nous nous demandons si nous allons survivre à pareil évènement. De temps en temps, nous scrutons la nuit noire, à l'affût des projectiles incandescents que de puissants canons envoient toujours plus haut dans le ciel. A bout de forces, tels de petits poissons perdus dans l'océan, nous nous laissons emporter par la foule, qui nous dépose face à d'inquiétantes créatures sorties tout droit de l'enfer.

Ces suppôts de Satan se font fi de la froideur mordante de l'air, ils bondissent quasi nus en agitant leurs bras enflammés, dessinant autour d'eux des signes occultes. Malgré la fascination que provoquent chez nous ces danses magiques, nous trouvons encore le courage de fuir. Nous entendons alors, provenant de derrière une butte, des hurlements de panique. Malgré la peur qui nous tenaille, nous ne résistons pas à la curiosité d'aller jeter un coup d'oeil. Ce que nous voyons alors nous horrifie encore plus.

Des hommes, des femmes, des enfants sont pendus à une roue géante et hurlent à la mort, tandis qu'ils sont secoués comme de vulgaires pommiers. Un peu plus loin, de jeunes hommes assouvissent leurs instincts de prédateurs en vidant les chargeurs d'immenses carabines sur d'innocentes peluches. Ailleurs, des bébés sachant à peine marcher se crèvent les yeux à coups de canne à pêche. C'est bien plus que ce que nos coeurs d'international students, pourtant habitués à subir de pires chocs, ne peuvent supporter. Nous pressons donc le pas et nous replongeons dans l'obscurité glaciale.
Or, alors que nous rejoignons la lumière et nous fondons dans la foule, celle-ci se fige soudain, les visages tournés vers le ciel, et hurle à la pleine lune :
five...
four...
three...
two...
one...

Dans un sifflement assourdissant, des gerbes de feu s'élèvent dans la nuit et explosent en mille couleurs. Sentant nos poitrines vasciller sous la violence du choc, nous crions : "oh !", "ah !". Le Parlement brûle ! Le roi est mort ! L'anarchie reigne, en cette nuit du 5 novembre 1605. Guy Fawkes et ses complices catholiques ont réussi : le Royaume protestant est à terre !
Mais voici que, malgré le vacarme des explosions et les hurlements de la foule, s'élèvent des chants d'enfants. Comme un seul être, la population s'empare de Guy Fawkes et y met le feu, comme ce dernier a autrefois tenté d'enflammer le gouvernement. On brûle le Traitre dans les rues. Les enfants l'encerclent en riant et joignent aux crépitement du feu une comptine désormais célèbre :
Remember, remember, the 5th of November,
Gunpowder Treason and plot.
I know of no reason
Why the Gunpowder Treason
Should ever be forgot.
Guy Fawkes, Guy Fawkes,
It was his intent,
To blow up the King and the Parliament.
Three score barrels of powder below,
Poor old England to overthrow.
By God's providence he was catched,
With a dark lantern and burning match.
Holloa boys, holloa boys, let the bells ring,
Holloa boys, holloa boys, God save the King!
Hip hip, hoorah!
Hip hip, hoorah!
23:55 Publié dans Bain culturel | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : guy, fawkes, feu, artifice, parlement, histoire, angleterre

Commentaires
Je me permets de faire un lien vers cet article sur mon blog pour ceux qui voudraient en savoir plus sur cette nuit du 5 novembre, car tu m'as devancé et que c'est très bien décrit !
J'utilise pas la fonction "trackback" c'est encore trop compliqué pour moi...
Ecrit par : Charlie | vendredi, 10 novembre 2006
Merci, je suis très flatté :-)
Je crois qu'il suffit d'utiliser l'URL trackback comme n'importe quelle URL. Mais lorsque tu l'utilises, le site vers lequel tu fais un trackback fait lui-même un trackback vers le tien, automatiquement.
Autrement dit, plus tu fais de liens vers mon blog, plus mon blog en fait vers le tien. A bon entendeur, salut ;-)
Ecrit par : Adrien | vendredi, 10 novembre 2006
Guy fawkes !! mé oui bien sur... je men souvien maintenan ! 1 des pti colégien ke jede, avé un exposé a faire dessu ya pa tré lontemps ! je me demandé si on pouV pa le considéré com le 1er terroriste du royaume Uni... Je croi kil en parle ossi dan le film "V for Vendetta" ;-)
mé javou ko débu g flipé a la façon don tu décri levenemen, pti cokin va ! ;-)
Ecrit par : Alex | lundi, 13 novembre 2006
Hin hin hin !
N'empêche que ce weekend là, on aurait cru que les Américains venaient nous "libérer", à défaut d'avoir réussi à Bagdad ;-)
Ecrit par : Adrien | mardi, 14 novembre 2006
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