jeudi, 16 novembre 2006
Business casual
Comme certaines de mes amis le savent déjà, je suis en pleine période d'Ennui avec un grand E. Depuis quelques jours, je passe mes journées dans ma chambre à contempler des bouquins que je n'ai plus le courage d'ouvrir, malgré les 4 essays que je dois rendre dans un mois. Alors je fais la grasse matinée, je lis le journal, j'écris des emails... Or lundi, j'apprends qu'un Bath Indian Economic Forum doit se tenir sur le campus, destiné aux futurs investisseurs sur le marché indien. Tenue d'affaires décontractée (business casual) requise. Je me dis "eh, j'ai jamais joué au businessman !" et je m'inscris.
Attention, je ne prends pas le Bath Indian Economic Forum à la rigolade. C'est un évènement très sérieux organisé par la School of Management de Bath, une des plus prestigieuses du Royaume-Uni. Pour vous donner une idée, c'est grâce à sa School of Management que l'université de Bath est classée parmi les 10 meilleures universités du pays. Je ne compte plus les invitations que je reçois de multinationales comme Unilever, UBS, KPMG, etc. qui considèrent que le simple fait de côtoyer l'élite de la nation tous les jours fait de moi un étudiant important. Je suis flatté ! ;-)
Ce matin, je revêts donc le déguisement du futur diplômé en management : j'enfile mon jean le plus classe et ma chemise à rayures bleu ciel pour le côté business, et j'ébouriffe élégamment mes cheveux avec une noix de cire pour le côté casual. Je pars largement en avance, car un vrai businessman est toujours pressé mais jamais en retard. Arrivé dans le bâtiment 3 West North, réquisitionné pour l'occasion, on me demande mon nom avant qu'un mec en costard-cravate m'invite à entrer dans l'amphi en me souhaitant la bienvenue. De tout jeunes diplômés avec des têtes de premiers de la classe s'affairent à installer les micros, les ordinateurs portables et les intervenants, tout en veillant à ne pas froisser leurs costumes.
A 10:15 pile, commence une longue introduction. Après moults remerciements, l'organisatrice du forum présente les intervenants. Sans surprise, ce sont quasiment tous des managers. Sont représentés : la Deutsche Bank, Lehman Brothers, BG Group, la Confederation of Indian Industry, les intérêts de l'Inde au Royaume-Uni, le Royal Institute for International Affairs et le UK Trade and Investment department. Bref, l'élite de l'élite de la nation ! Comme tout le monde, je fais style que je suis pas impressionné.
Le sujet du Bath India Economic Forum pour l'année 2006 sera, en résumé : Comment se faire un max de fric en investissant dans "la démocratie de marché (sic) à la croissance la plus rapide au monde" ? Ainsi, le représentant des intérêts de l'Inde au Royaume-Uni nous démontre combien son pays a une économie prometteuse, puis les managers et économistes répondent aux investisseurs en herbe quant à la protection de la propriété intellectuelle. Je prends des notes, on sait jamais.
A midi, on nous invite à nous rendre au premier étage pour un networking lunch, autrement dit "un repas pour créer des liens". Côté lunch, je suis loin d'être déçu : petits fours et autres délices indiens que l'on mange avec les doigts, à volonté et gratuits évidemment ! Côté networking, je n'attendais aucun miracle et j'ai bien fait : malgré tous mes efforts pour avoir l'air le plus business casual possible quand je grignotte mes ailes de poulet au curry, personne ne voit le manager qui sommeille en moi ;-) Je croise tout de même Ashetesh, un Indien qui a visité Stratford-upon-Avon avec Thomas et moi, qui me dit que ce qu'on nous sert n'a rien à voir avec la vraie cuisine indienne : c'est meilleur ! :-D
L'après-midi est nettement plus intéressant. Après un cours soporifique sur "Pourquoi le modèle chinois ne fonctionnerait pas en Inde", vient le moment du témoignage, du vécu du businessman, sobrement intitulé "S'installer en Inde". L'ancien vice-président de la société financière Lehman Brothers nous raconte comment sa société a réussi à s'implanter à Bombay il y a un an et demi. Je m'imagine alors vêtu d'un business suit tout neuf, parcourant les rues affairées de la métropole avec ma malette de cuir, serrant les mains d'hommes influents après d'âpres négociations en anglais.
Parmi la mulitude d'aventures que le manager nous raconte, la meilleure est certainement celle du climatiseur qui voulait détruire un pont. Lehman Brothers, afin que ses employés ne soient jamais en retard, veut créer sa propre ligne de bus. Or, toujours soucieux du bien-être de ses travailleurs, Lehman Brothers fait installer, sur le toît de chacun des bus, un climatiseur. C'est une petite révolution : Bombay n'a jamais connu de bus climatisés ! Mais au moment d'ouvrir la ligne, surprise : les bus dotés de climatiseurs ne passent pas sous l'un des ponts de la ville ! "On voulait le faire détruire pour en construire un plus élevé, explique l'ex-vice-président comme si le pont appartenait (déjà ?) à Lehman Brothers, mais cela nous aurait coûté 2 milliards de dollars et des années de travaux. Alors on a dû laisser tomber les climatiseurs." Dommage, ç'aurait été un tel progrès dans la vie des Indiens !
A la fin de la journée, j'étais sur le point de me laisser conquérir par les syrènes du business, quand un rabat-joie m'a fait retourner sur terre. Chargé d'apporter la conclusion à une journée si riche en conseils pratiques, le directeur de la faculty of Humanities and Social Sciences est arrivé comme un cheveu socialiste dans la soupe néolibérale : "Dans l'intitulé de ce forum, j'ai noté le mot 'economy'. Or aujourd'hui, les intervenants ne se sont focalisés que sur le volet 'business' et ont fait peu de cas du volet 'development'. Pardonnez-moi, mais je me dois de rappeler certaines réalités." Et, devant un public mal-à-l'aise, il a déconstruit en quinze minutes l'argumentation que les managers et économistes avaient bâtie en plusieurs heures, démontrant, chiffres à l'appui, que les investissements qu'ils prônent n'apportent aucune solution à la misère de l'Inde. Si j'avais eu le courage d'applaudir, j'aurais été le seul.
00:30 Publié dans Un certain regard | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : business, affaires, inde, investir, finance

Commentaires
This is a ratatouille ! Si je peux me permettre...
Ecrit par : Jérémie | jeudi, 16 novembre 2006
J'aime pas l'économie. Et on veut pas de moi en Erasmus parce-que j'étudie l'anglais
J'ai le droit de rivaliser avec la misère indienne? :S
Ecrit par : Srrette | jeudi, 16 novembre 2006
@ Jérémie :
Je crains que l'humour espagnol et l'humour anglais ne soient très différent, car je ne vois pas le rapport entre un forum sur l'Inde et ma ratatouille... Les deux étaient excellents ?
@ Soeurette :
Monte un Forum des Laissés Pour Compte de l'Erasmus, tu aurais certainement du succès à l'UFR de Langues ;-) Tu peux même pas partir en Espagne ?
Ecrit par : Adrien | jeudi, 16 novembre 2006
Je m'en fiche de l'Espagne, je veux aller dans un pays anglophone...
Ecrit par : Srrette | vendredi, 17 novembre 2006
SONDAGE XpreS: "les syrènes du business"... humhum ! Combien pensent ke ça sécri com ça? ;-)...
Ecrit par : alX futur prof de français !! peutetre ou pa... | dimanche, 19 novembre 2006
Dslée, jrépon pô o sondaj ortografik rediG en language sms!!! (stt qd g ocune idée sur la kestion)
Ecrit par : ELodie | dimanche, 19 novembre 2006
Ok, j'ai eu la flemme de corriger. On écrit "sirènes", c'est ça ? Mais je trouve qu'avec un "y", ça fait plus antiquo-post-moderne, vous trouvez pas ?
Ecrit par : Adrien | dimanche, 19 novembre 2006
je suis tombe dessus en lisant ton e-mail pour le seminar de key concepts... tres interessant... continue!
Ecrit par : boris | mardi, 21 novembre 2006
Chers amis, je vous présente Boris, qui est avec moi en seminar de Key Concepts in Politics, et dans d'autres cours. Il va faire sa licence ici, si j'ai bien compris :-)
Ecrit par : Adrien | mardi, 21 novembre 2006
Chers amis, je me présente : M.
Non, je ne suis pas le fils de Mathieu Chedid.
Je suis quelqu'un qui a lu que les blogs étaient les journaux "extimes" des jeunes, qui étaient destinés à partager entre jeunes, surtout pas destinés aux parents.
Depuis, je préfère me réfugier dans l'anonymat.
Ecrit par : M | jeudi, 23 novembre 2006
Mais qui est ce mystérieux M ???
Ecrit par : Adrien | jeudi, 23 novembre 2006
Prudence ! Pas d'identité ou d'adresse sur Internet !
Signé : Maman
Ecrit par : M | vendredi, 24 novembre 2006
- bide -
Ecrit par : Srrette | lundi, 27 novembre 2006
La direction de "Frog in the bath" tient à préciser qu'elle n'est en rien impliquée dans l'affaire du commentateur fictif.
Ecrit par : La Direction | lundi, 27 novembre 2006
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