jeudi, 30 novembre 2006
Réception aux Roman Baths
Hier, vers 1 pm, je reçois un email urgent de l'International Office : distribution de dernière minute ! Quarante nouvelles invitations sont disponibles pour la réception qui aura lieu le soir même aux Roman Baths, en l'honneur des étudiants étrangers. Salutations officielles, jeunes filles en robe de soirée et petits fours à la clé. Ni une, ni deux, je fonce à l'université retirer un des précieux sésames. Quand j'arrive, il n'en reste déjà plus que vingt ! Ouf, j'ai eu chaud !
Le soir, bien que mes galettes de pommes de terres et mon gratin dauphinois me fassent saliver, je suis bien trop en retard pour manger. J'enfile ma tenue business casual (voir Business casual) et je trotine jusqu'aux Roman Baths. Tout le monde s'est mis sur son trente et un, et certains ont revêtu leurs costumes traditionnels : des Indiens, des Chinois, des Malaisiens et deux Africaines. Après avoir serré les mains officielles, je mets le cap sur le buffet pour assouvir ma faim. Mais là, je ne trouve que du jus d'orange, du vin rouge (beurk) et du vin blanc (miam !)

Alors que je cueille un verre excessivement plein, un homme visiblement trop vieux pour être un simple étudiant s'approche de moi et me pose les trois questions de l'international student : "What's your name?", "Where are you from?", "What do you study?" J'apprends que Monsieur est un ancien Councillor, c'est à dire l'équivalent du Conseiller municipal, du Conseiller général et du Conseiller régional tout à la fois. Hé hé, c'est pas n'importe qui !
Par conséquent, le pauvre homme n'échappe pas à la question qui tue (voir Etre député en 4 leçons) : comment devient-on Councillor ? Et là, d'un air le plus sérieux du monde, il me répond : "on se fait élire par les citoyens". Non, sans blague ? Espérant qu'il est moins idiot qu'il veut me le faire croire, je précise ma question : "Je veux dire, quelles compétences il faut avoir ? Comment faut-il se comporter envers les électeurs ?" Il finit par avouer que c'est l'appartenance à un des deux grands partis qui joue le plus. Bref, rien de nouveau sous la pluie.
Après quelques minutes d'étude comparée entre la politique anglaise et la politique française, mon interlocuteur finit par me demander :
- Tu connais des gens dans cette salle ?
- Non, pas vraiment.
- J'espérais que tu connaîtrais du monde que je pourrais rencontrer.
- Désolé, mais les gens que je connais ne sont pas là.
Sur ce, le Councillor s'excuse et me laisse seul à la dégustation déjà bien avancée de mon verre de vin. Leçon n°5 : même à la retraite, un politique te plantera si tu n'as pas de relations. Je suis sur le point de verser une larme sur mon incompétence quand Doncho puis Boris surgissent de nulle part. Eh Councillor, viens voir, j'ai des amis ! Mais le Councillor est déjà bien loin, pataugeant au milieu d'un troupeau de Chinois en costards.
La salle se remplit de plus en plus, à tel point qu'il est difficile de se déplacer. Le sol vacille dangereusement. Plusieurs Indiennes que j'aurais croqué avec délice prennent un malin plaisir à me rentrer dedans. Je pose donc mon verre vide sur la première table à laquelle je me cogne et je vais m'échouer sur une chaise. C'est alors que deux Chinoises engagent la conversation. Je ne comprends pas un traître mot de ce qu'elles me disent ! En fait, je crois que j'ai un peu trop bu. J'aurais vraiment dû manger avant de venir.

C'est l'heure des discours. Des international students venus d'Allemagne, de Pologne et de Chine se succèdent pour louer la beauté et la générosité de la ville de Bath. Deux Chinoises ont même préparé une petite mise en scène à deux voix :
- Son, que penses-tu de Bath ?
- Je trouve que c'est une ville super ! Les gens sont tellement tolérants et il y a tellement de choses à faire : se promener, faire du sport... Qu'en penses-tu, Li ?
- Oh oui, je suis d'accord avec toi, Son ! J'aimerais y rester toute ma vie !
On les a payées ou quoi ?!
Après moult applaudissements, nous sommes invités à descendre vers les bassins qui ont rendu la ville si célèbre. Tandis que nous posons le pied sur les dalles antiques, un des guides hurle "Mind the gap! Mind the gap!" comme si nous étions dans le métro londonien. Au radar, je cherche où peut bien être ce fichu trou et, après identification, je parviens à le franchir sans perdre l'équilibre. Pfff ces Anglais, ils voient le danger partout !

Alors, ils sont pas beaux les Roman Baths à la lumière des torches, avec l'Abbey en arrière-plan ? Imaginez des volutes de vapeur s'élevant vers la Lune, les arcades multi-séculaires où résonnent nos langues barbares, les salles obscures d'où émergent des silhouettes orientales parées de bijoux. Imaginez aussi le p... de froid de canard qu'il y fait ! Après s'être bousculés pour prendre les mêmes photos, on remonte vite dans la salle de réception.
Là, ça sent la fin. Tout le monde prend tout le monde en photo, avec des poses et des sourires du style "Soirées de l'Ambassadeur Ferrero Rocher". Doncho et Boris ont disparu. A la place, une vieille dame bien gentille mais un peu collante, qui ne sait vraiment pas choisir ses colliers, me harcèle pour être prise en photo avec moi. Après toutes les objections que la politesse me permet de formuler, je finis par céder.

Voyez comme elle est heureuse ! J'ai oublié son prénom, mais je crois qu'elle est maire de la ville, quelque-chose comme ça.
Une fois ma B.A. accomplie, je renfile mon pull et je rentre à la maison. J'y trouve mon kitchen group en pleine discussion dans la cuisine, certains engloutissant leur dernière bière de la journée, d'autres observant Youssef confectionner un crumble aux pommes.
- Qu'est-ce que t'as, me demande Stefanie d'un air inquiet
- Rien, je suis un peu...
- Dizzy?
- C'est ça, dizzy
Et tout le monde éclate le rire. J'ai passé le reste de la soirée à me faire chambrer parce que je m'étais saoulé avec un ridicule verre de vin. Je m'en foutais, je les écoutais même pas, j'étais trop occupé à m'emplir la bouche de mon gratin dauphinois.
01:35 Publié dans Ambassadeur des Gaules | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : réception, politique, bath, pump, room, roman, romain

Commentaires
Dis à la dame un peu gentille mais un peu collante de rendre immédiatement son collier à la France : je le reconnais, c'est celui de Louis XI !
Ecrit par : Maman | jeudi, 30 novembre 2006
t'as pas pu pousser un MP dans la flotte? ça aurait fait une jolie photo!
Ecrit par : ELodie | jeudi, 30 novembre 2006
Je suis désolée, je me sens obligée de traduire :
"Là, ça sent la fin. Tout le monde prend tout le monde en photo, avec des poses et des sourires du style "Soirées de l'Ambassadeur Ferr**o Ro**er". Doncho et Boris ont disparu. A la place, une vieille peau collante, qui ne sait vraiment pas choisir ses colliers, me tape immédiatement dans l'oeil. C'est la maire!! Après toutes les objections que la politesse ne permet de formuler, elle finit par céder devant mon insistance plus qu'effrayante."
Mission completed
Ecrit par : Srrette | jeudi, 30 novembre 2006
C'est pas une vieille peau ! N'insulte pas mon amie comme ça !
Ok j'avoue, c'est moi qui lui ai demandé de prendre la photo. Mais je ne l'ai pas harcelée : tout le monde se faisait prendre en photo avec la Mayor. En fait, au début, je faisais le blasé, genre "Pfff parce qu'elle est maire, ça y est, c'est la star !" Mais finalement, comme à chaque fois depuis que je suis ici, je me suis : "Fuck off les principes, ça va être marant !"
Enfin, je tiens à rétablir une autre vérité : ma bouche n'est pas tout le temps comme ça. Je peux avoir un joli sourire. Mais le truc, c'est qu'elle me faisait la conversation et pile au moment où le mec a pris la photo, elle a sourit, genre : bla bla bla... :-) ["o°] *flash!* ...bla bla bla... Moi je n'ai pas encore de réflexe aussi rapide !
Ecrit par : Adrien | jeudi, 30 novembre 2006
pour les chinoises, la traduction est parfait mais tu as oublie de parler du moment ou elle s'embarque dans la discussion des pommes de terre et du riz...
amities blogiennes!
Ecrit par : boris | samedi, 02 décembre 2006
Je ne me souviens pas de ce passage. Par contre, je me souviens de quand l'une d'elle a dit qu'elle adorait la pluie et la cuisine anglaise. Il faudrait vraiment me payer des millions pour que je dise une rubbish pareille !
Ecrit par : Adrien | samedi, 02 décembre 2006
je suis d'accord avec toi! vive la cuisine francaise! et tes essays ca va?
Ecrit par : boris | mercredi, 06 décembre 2006
Ca avance doucement. A l'heure où je t'écris, je devrais être en train de finaliser mon essay d'Economics. Mais pour ça, il faudrait déjà que je le commence ;-)
Ecrit par : Adrien | mercredi, 06 décembre 2006
Ben di donc, vous êtes accueillis comme des rois les Erasmus, limite VIP de la night... lool mé pour rivalisé avec Paris et autre Michou, va faloir sentrainer nivO "dizzy attitude"... c tout un art dêtre, mais javou ke se soulé au vin blanc c les prémisse de la class' ;-)... Hors du vacillement éthilik point de salut !! lool
Ecrit par : Alex, tsj conseiller marketing ! | lundi, 18 décembre 2006
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