vendredi, 11 mai 2007
Danny, fasciste et démocrate

Qui eut cru que Danny Lake, première année en Politics with Economics (comme moi), se décrivant lui-même comme "drôle de phénomène", déclencherait une polémique politique qui dépasserait la petite enceinte de la très conformiste université de Bath ?
Le jeune membre du British National Party (BNP), équivalent britannique du Front National, avait pourtant reçu, jeudi 3 mai, l'autorisation officielle d'organiser la venue du leader du BNP, Nick Griffin, sur notre campus, afin que les étudiants puissent "décider par eux-mêmes" de soutenir ou non le parti (Bath Chronicle, 5 mai 2007). Mais une vague de protestation devait couper court à l'entreprise de l'étudiant, le projetant du même coup sur la scène médiatique.
Déjà, percevant (mais sous-estimant) une indignation grandissante, Mark Griffin, University Secretary, publie dès le 3 mai un communiqué à destination des enseignants et étudiants de Bath, afin de justifier sa décision d'autoriser la venue du leader d'extrême-droite.
Après avoir rappelé que l'université doit garantir la liberté d'expression, il ajoute : "On comprendra que ce n'est pas mon rôle de prendre en considération les opinions du BNP quant à la requête qui m'a été adressée [d'autoriser la venue de Nick Griffin]. Ma responsabilité est d'assurer l'ordre public ainsi que le respect des règles qui définissent la liberté d'expression."
Mais il en faut plus pour calmer les esprits. Il est vrai que l'évènement est exceptionnel : c'est la première fois qu'une université britannique accepte d'accueillir dans ses locaux un représentant du parti d'extrême-droite. De fait, les protestations prennent vite une ampleur nationale.
Dès le lendemain de l'annonce, le National Union of Students et le University and College Union, respectivement syndicat des étudiants et syndicat des enseignants, appellent à se rendre à Bath le 14 mai pour manifester. Unite against Fascism et Stop the BNP invitent leurs partisans à écrire à Glynis Breakwell, Vice-Chancellor de l'université, pour la presser d'annuler la décision prise par son subordonné.
Pendant ce temps, les dirigeants du Students Union de Bath se creusent les méninges sur un problème apparemment insoluble : comment faire obstacle au British National Party sans enfreindre le règlement intérieur, qui n'interdit en aucun cas ce même parti de venir clarifier ses positions auprès des étudiants ?
En effet, contrairement à d'autres universités, l'université de Bath n'a pas adopté de politique dite "No Platform", afin de prévenir la montée du fascisme sur le campus. Le président du Students Union Paul Jaggers appelle donc, dans un communiqué daté du 4 mai, à l'organisation en urgence d'une assemblée générale pour "condamner le BNP" en bonne et due forme.
Cependant, tous les étudiants ne sont pas unanimes quant à l'opposition au BNP. Sur le site de socialisation Facebook, où 9199 étudiants de l'université de Bath sont inscrits (dont moi), divers groupes d'opinion se sont formés dès le 3 mai. Les "contre" ont adhéré au groupe "Say NO to the BNP recruitement drive", qui compte désormais 760 membres.
Mais il y a aussi 159 "pour", qui ont rejoint le groupe "I don't see the problem with the BNP speaking at Bath". Ce dernier, bien qu'il ait été créé par un sympathisant du BNP, rassemble les défenseurs de la liberté d'expression envers-et-contre-tout, qui sont loin d'être tous pro-BNP.
La preuve : j'en fais partie. Bien que mes idées soient diamétralemement opposées à celles du British National Party, j'ai été moins choqué par l'annonce de la venue de Nick Griffin sur le campus que par la réaction aveugle et disproportionnée des étudiants, personnels et syndicats qui s'est ensuivie.
Comme je l'ai écrit sur Facebook, il ne faudrait pas que les britanniques reproduisent la même erreur que les Français dans les années 90 : la victimisation de l'extrême-droite, une réaction irrationnelle qui incite tous les anti-système à soutenir le parti ainsi réprimé.
C'est donc avec tristesse que j'apprends ce soir la décision de l'assemblée générale de s'opposer à la venue du leader du BNP. Celle-ci a aussitôt été suivie par une interdiction officielle rédigée par la Vice-Chancellor et adressée à la presse.
Danny peut donc garder son beau costume démocrate, par-dessus la chemise bleu-blanc-rouge.
01:45 Publié dans Ca bouge sur le campus | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : politique, bnp, british, national, party, extrême-droite, fasciste

Commentaires
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Ecrit par : Maman | vendredi, 11 mai 2007
Libé a besoin d'argent. Mon article ne rapporterait pas une pépète. Il lui en ferait même perdre :-)
Ecrit par : Adrien | vendredi, 11 mai 2007
C'est ce que j'allai dire : tu fais une lettre de motiv pour La Dépêche? :P
Je crois que plus ont montre qu'on craint un parti, plus ça le rend fort. Si tout le monde vous rejette pour vos idées politiques, forcément, vous allez d'autant plus vous unir avec ceux qui pensent comme vous...
Et puis si les non-BNP (non, ce n'est pas une banque) étaient vraiment sûrs des opinions de chacun, ils ne craindraient pas que d'autres idées soient exprimées. Parce-qu'au fond, le vrai problème est qu'ils ont peur que certains étudiants se rallient au BNP, non?
Brève de Toulouse : AG hier pour "décider" ("heu les anti-blocages sortez, on va s'organiser sans vous... Ca y'est ils sont partis? Bon on y va, une petite cinquantaine, on bloque?") si la fac doit être bloquée ou pas. Je salue la discours d'une participante (enfin) qui a dit : "Je veux que les anti-blocages restent pour qu'on décide tous ensemble. Personnellement je suis pro-blocage, mais je considère que le blocage ne sert à rien si les gens ne sont pas tous motivés derrière" MERCI!! :D
Ecrit par : Srrette | vendredi, 11 mai 2007
Et ils ont décidé quoi finalement ?
Ecrit par : Adrien | vendredi, 11 mai 2007
Pour clarifier : il y a de forte chances pour qu'en août, je fasse un stage à l'agence de Colomiers de la Dépêche du Midi ! Alors je m'entraîne...
Ecrit par : Adrien | vendredi, 11 mai 2007
pas de blocage jusqu'à présent, mais re-vote demain :S
Ecrit par : Srrette | lundi, 14 mai 2007
Boris m'a appris hier que l'intervention du leader du BNP était loin d'être ouverte à tous. Ce qui aurait pu être une conférence aurait donc été un meeting ?
Ecrit par : Adrien | mardi, 15 mai 2007
yep là ! je croi kon oré U la même réction dan dotre fac en France, alor je ne me prononce pa !
Ici ça lair de setre calmé non pour les blocages ? de tte façon a koi cela servirait ? je pense kune bonn grosse manif d le 1er couac du nouvO gouvernement sera + efficace non ?
Ecrit par : Alex | mardi, 15 mai 2007
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